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En photo Galerie Négatif + Publié le 14 mars 2017

La galerie Négatif + accueille Pauline Pallier

C'est avant tout par son travail de chef monteuse que Pauline Pallier s'est faite connaître. Mais, depuis des années, un vieux Leica en main, elle construit patiemment une oeuvre photographique et discrète : une succession de regards artificiels, de reflets troubles qui, au fil des ans, a élaboré presque 'malgré l'auteur' une série à l'identité forte (Le Vrai du Faux) que la photographe présente cette semaine à la galerie Négatif +.
 


Négatif + : Pouvez-vous nous présenter votre parcours ? 

J'ai commencé la photo en faisant l'école buissonnière. Mon prof de philo me faisait sortir pendant les heures d'études pour se balader dans la ville et prendre des photos. Je tais son nom mais je lui dois beaucoup. A l'époque j'avais un Minolta, mais je lorgnais sur son Leica car il ne faisait presque pas de bruit. Ensuite j'ai eu un grave accident de voiture et grâce à l’assurance, j’ai pu acheter un M6 d'occasion. Mais j'avais 18 ans et j'avais honte de posséder le plus bel appareil du monde, si jeune. Du coup j'ai été prise dés le début par ce dilemme lié au voyeurisme, qui charge de culpabilité le fait de regarder les autres. Avec le temps je suis devenue plus à l'aise avec mon Leica, sa valeur, et dans mon rapport aux gens. J'ai tourné trois documentaires qui m'ont beaucoup aidé à trouver ma place dans cette triangulation caméra-regardant-regardé. Et que risque-t-on au fond ? Pas grand chose. Au mieux de créer un lien fort avec une personne. Ou au pire d'essuyer un refus. La vraie question se pose dans les situations de détresse humaine ou quand l'autre ignore notre présence. 

 

Négatif + : Avez-vous toujours conjugué les images fixes et animées ? 

Mon contact avec les images animées est lié au cinéma, qui est devenu ma profession (je suis chef monteuse) alors que la photographie reste une pratique quotidienne. En général quand je fais l'un, je n'arrive pas à faire l'autre. En montage, je cherche sans cesse à prendre de la distance avec ce que je fais, pour recevoir les images comme une spectatrice. La construction narrative s’élabore pendant des semaines, alors qu'en photo tout est instantané, et rapide. Le mouvement pousse à choisir très vite un cadre. A se positionner. On est dans l'action, plus que dans la réflexion. Les deux démarches ont évolué en parallèle. Le point commun, c’est l’émotion.

 

Négatif + : Quelle serait alors la différence principale entre ces deux disciplines ?

Ma sensibilité a surtout évolué quand j'ai appris à gérer la question du ratage. Plus jeune, je trouvais que ce que je faisais était nul, et je m'en référais aux autres pour savoir si mon travail était abouti. Or en montage, on peut faire et défaire à l'infini. Alors qu'en photo (telle que je la pratique, sur le vif) l'erreur ne pardonne pas. Il faut se pardonner soi-même. Donc je m'appuie beaucoup sur l'idée que s'il y a des erreurs dans un film ou dans une photo (il faudrait déjà définir ce que c'est une erreur) ce n'est pas grave tant que l'essentiel est là. C'est comme s'il y avait une loi de l'ensemble et du détail qui fait que, si l'ensemble est réussi, alors quelques détails ratés ne se verront pas.

Ce qui compte, c'est de bien maitriser la technique pour ne pas être gênée dans son geste. Avec une particularité propre au Leica, c'est que l'appareil est plus qu'un outil. C'est, ou c'était, presque un mythe. Pas de fétichisme pour autant. Je le trimballe partout, tout le temps, et je l'abime trop souvent pour dire que c'est un "ami" ou autre formule stupide (si l'on m'en donnait un neuf je crois que je le remplacerais sans trop de remord, contrairement à un ami). Mais c'est vrai que c'est l'objet le plus précieux pour moi. 

 

Négatif + : Pour ce qui est de la photo elle-même, travaillez-vous seulement en argentique ? 

J'ai acheté un réflexe numérique GH1 il y a 7 ans. J'ai adoré m'en servir, puis je l'ai prêté à un copain. Un an après je me suis rendu compte qu'il l'avait encore… Le travail colossal de sélection des images et l'archivage, l'absence de support physique ne me conviennent pas. J'ai aussi utilisé Instagram et mon iPhone puis j'ai arrêté.

J’aime l'argentique. J’aime l'attente avant d'aller chercher les bobines, découvrir qu'on a fait de la merde, raté ce qu'on pensait avoir réussi, tout laisser de coté pour se rendre compte des semaines après qu'il y en a des bonnes et plus qu'on ne le croyait. C'est d'une richesse infinie. Et puis la chimie est irremplaçable. Le mouvement, le regard, la lumière s'y impriment d'une façon unique et hasardeuse. 

 

Négatif + : Quelles opérations faites-vous avant et après le scan du négatif, sur le fichier lui-même ?

J'utilise le même appareil depuis 25 ans, la même focale (35mm qui ouvre à 2), et presque le même film (ILFORD DELTA ou TRIx 400 ASA). Je nettoie la photo sur Photoshop, après scan, pour rattraper un objectif souvent sale, et je cherche à donner de la matière et du grain, avec un étalonnage simple (densifier les noirs et vignetter si besoin). Je fais mes tirages sur un papier très épais, avec beaucoup de matière (Rag naturel).

 

Négatif + : L’identité de vos sujets est souvent voilée (par un reflet, un obstacle, ou alors parce que la nature de ce dernier est déjà fausse, artificielle) : est-ce cette idée qui vous a aidée à construire la série qui constitue cette exposition ? 

J'ai très peu tiré de photo en 25 ans, jusqu'à avoir la réputation de "faire des photos qu'on voit jamais". Il a donc fallu remettre de l’ordre dans les planches contact. Je me suis noyée pendant quelques semaines, pensant qu'il n'y avait pas d'expo possible tant qu'il n'y avait pas de fil rouge. Et puis je suis tombée sur cette planche avec des mannequins qui avaient l'apparence d'humains. Je me suis rendue compte que l'ambiguïté, l'illusion de la réalité, étaient présentes dans de nombreuses photographies que j'avais faites.

 

Pauline Pallier
Le Vrai du Faux

Du 15 au 20 Mars à la galerie Négatif +
Vernissage le 15 Mars à 18 h

 

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