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En photo Publié le 7 octobre 2016

Focus Expo : Bastien Bonnarme au Service Graphique

Depuis le mois de Septembre, le service graphique de Négatif + accueille sur ses murs les photographies de Bastien Bonnarme : l'occasion rêvée de rencontrer, entre deux voyages, ce photographe habitué aux houles les plus impressionnantes de la planète !

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Négatif + : Pourriez-vous nous raconter l'une de vos ‘journées type’ ? 

Il n’y a pas vraiment de journée type. Cela dépend des projets du moment. En tant qu’indépendant je n’ai pas vraiment le temps de m’ennuyer : prise de vue, préparation de photoshoot, sélection, retouches, commercial, administratif, préparation physique, etc.

 

Négatif + : Couvrez-vous beaucoup de compétitions ?

J’ai travaillé durant 4 saisons comme photographe officiel pour l’ASP Europe, maintenant WSL (world surf league), le circuit pro mondial. J’ai donc shooté des dizaines et dizaines de compétitions. C’est une très bonne école car vous devez effectuer un reportage journalier (action, lifestyle, portraits, paysages) incluant la prise de vue, la sélection, l’archivage et la mise en ligne des images sans louper les moments forts de la journée.

Cela a été l’occasion également de connaître les athlètes et découvrir depuis l’intérieur mon sport favori. J’ai choisi aujourd’hui de me consacrer au freesurf, c’est à dire à tout ce qu’il se passe hors compétition et plus particulièrement concernant les grosses vagues. J’y trouve plus de liberté et de créativité. Cela consiste à observer les cartes météo un peu partout dans le monde. Lorsque les conditions sont bonnes (houle, vent…), nous constituons une équipe de surfeurs et sautons dans un avion pour immortaliser cet évènement.

 

Négatif + : Comment abordez-vous la partie ‘lifestyle’ de votre travail – organisez-vous des shootings ou est-ce plutôt des tranches de vie prises sur le vif ?

Il y a un peu des deux : je profite de travaux pour des clients où je tire une série d’images plus personnelles, et j’organise parfois des séances entre deux déplacements ou pendant, lorsque j’en ai le temps. Je dirais que, d’une manière générale, je reste opportuniste et garde une oreille, ou plutôt un oeil, attentif…

 

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Négatif + : Quels sont les clients principaux d’un photographe de surf – les magazines, les collectionneurs, les marques, les sportifs eux-mêmes ? 

Ce sont tout d’abord les marques qui vous paient pour une mission particulière (publicité, presse, alimentation des réseaux sociaux) ou la presse (générale ou spécialisée). La presse, comme dans tous les secteurs, a beaucoup souffert et les piges sont dérisoires, c’est plus une démarche personnelle qu’une source de revenu (300 euros une couverture et 150 euros une double page).

En ce qui concerne les marques, cela suit cette tendance, il n’y a presque plus de contrats et de besoins car la plupart des photoshoots sont effectués au global (souvent les US) et les images distribuées pour la coordination du marketing aux divisions européennes…

Il est donc impossible de vivre de la photo d’action aujourd’hui et très difficile de continuer à produire de l’image surf : c’est une vraie démarche, cela demande un engagement physique et financier sans aucune garantie.

 

Négatif + : Quels sont vos rapports avec les personnes que vous photographiez ?

J’ai de bons rapports avec les athlètes, encore plus avec les gens avec qui je voyage. Je prends des risques dans mon activité et je ne pourrais le faire sans apprécier les gens avec qui je travaille.

J’ai développé un bon réseau et des amitiés avec mes confères photographes/caméramen, cela fait très plaisir de les croiser de temps à autre outre-atlantique. C’est également l’occasion de faire des rencontres, de découvrir de nouvelles choses, il suffit d’être curieux !

 

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Négatif + : Êtes-vous nombreux à faire ce type d’images ? 

Il y a beaucoup de photographes aujourd’hui, surtout avec le développement du numérique et des réseaux sociaux. Mais nous sommes finalement une poignée à aller photographier dans les très grosses vagues. Il y a un respect mutuel important et nous nous devons d’être solidaire même si la concurrence peut en faire vaciller plus d’un…

 

Négatif + : Une question indiscrète : votre discipline étant très physique, comment ‘vieillissent’ les photographes aquatiques ?

Très bien ! en général il ne dépasse pas les 35 ans… Il me reste donc une année à vivre ! Plaisanterie mise à part, je n’en sais rien. La plupart ont levé le pied sur la partie aquatique ou ont tout simplement changé de métier. Je pense à une légende de la photographie aquatique, Scott Aichner, qui, paraît-il, travaille dans le trading… Pour ma part, je garderai toujours un pied dans l’eau mais j’aspire aujourd’hui à faire des choses différentes… Ma vie sera je l’espère longue car la photographie est inépuisable…

 

Négatif + : Pourriez-vous nous raconter vos meilleurs souvenirs de voyage ? Les pires ?

J’ai eu énormément de chance de vivre des centaines de situations différentes et extraordinaires. Je rêverais de pourvoir un jour partager tous ces moments, de pouvoir les raconter. Il y en a eu beaucoup mais les meilleures furent dans les grosses vagues.

Mon pire souvenir est dans un avion en rentrant de Philadelphie le jour des attentats de Boston. Après 3h de vol, une jeune femme située en diagonale sur la rangée derrière moi s’est levée et a crié très fort : "Allahu akbar". J’ai alors imaginé le pire, je me suis levé et me suis précipité sur elle afin d’essayer de la mettre hors d’état de nuire. Elle s’est jetée au sol, puis relevée, et a de nouveau crié. J’ai très rapidement compris qu’elle était prise de folie, visiblement à cause de l’abus de drogue. Pendant 2 à 3 secondes, j’ai pensé que je mourrai dans un attentat en plein vol. Elle n’a pas pu retrouver son calme, il a donc fallu la ligoter aux pieds et aux mains et l'allonger sur la rangée pour la maintenir. L’équipage a fini par lui injecter un calmant. A son arrivée à Paris, c’est la police qui l’attendait…

 

Négatif + : Quels sont les plus beaux spots que vous avez pu fréquenter ?

Pour le photographe je dirai ceux perdus dans la jungle indonésienne et le désert Africain. L’environnement, le climat, les paysages et les difficultés d’accès en font des endroits vierges et à explorer. L’aventure et la découverte rendent par moment mon travail unique et c’est probablement là ou je prends le plus de plaisir. 

C’est exactement la même chose pour le surfeur, vivre l’aventure et profiter de quelque chose de rare. Il n’y a jamais dans le surf deux fois les mêmes conditions…

 

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Négatif + : Quelles sont les contraintes de vos prises de vue ? Quel matériel utilisez-vous ?

Je travaille dans un milieu océanique : beaucoup d’humidité, de vent, de sel qui sont corrosifs. Le matériel souffre énormément. Je travaille avec deux Canon EOS 1DX, une douzaine d’objectifs allant du fisheye au 200-400 mm avec convertisseur intégré de Canon. C’est un investissement lourd, qui se fait dans le temps, pour un secteur d’activité qui paye peu.

J’utilise deux caissons étanches de marques différentes avec possibilité d’embarquer : fisheye, 24-35 mm, 24-105 mm, 50 mm , 85 mm, 70-200 mm et un flash cobra qui peut être déporté. Je nettoie avec des lingettes mon matériel en fin de journée pour retirer les embruns et le sel déposé. Je nettoie à l’air sec et dispose du scotch sur la visserie pour éviter la corrosion. J’utilise également des housses de protection dans certains cas.

J’ai coulé 3 boîtiers en 9 ans, tous du à des causes différentes : défauts de conception du caisson étanche, mauvaise disposition d’un joint sur un autre et impact sur le récif à Hawaii après avoir pris une vague de série à l’impact qui m’a envoyé au fond – la vitre de mon caisson a explosé.

Mon dernier incident est dû à une chute depuis la benne d’un 4×4 ou je participai, la nuit, à une chasse au sanglier à l’arc dans le désert marocain !

Je dirai qu’au regard des risques pris, c’est finalement peu même si l’addition est très vite salée. Je ne suis malheureusement pas sponsorisé !!!  😉

 

Négatif + : Vous organisez aussi des workshops au Maroc, pouvez-vous nous en dire plus sur ce sujet ?

Oui, c’est une retraite, un trip, une aventure individuelle et collective autour de la photographie et du surf comme mode de vie et d'exploration. L'idée de cette retraite d'une semaine au Maroc est de proposer les conditions idéales pour échanger, comprendre, oser, partager des visions.

Cela s’adresse aux photographes néophytes, pro ou simples curieux, inconditionnels de l'océan, baroudeurs, sportifs ou aventuriers en quête de belles images.

Une nouvelle programmation est prévue pour avril 2017, alors n’hésitez pas allez jeter un coup d’oeil au programme : http://mirage-workshop.com/

ou notre fb : https://www.facebook.com/miragephotosurfworkshop/

 

Négatif + : Quels sont vos projets pour l'avenir ?

En dehors des voyages, quelques expositions en France, un livre, et l’achèvement des travaux de mon studio photo !

 

Bastien BonnarmeOriginaire du sud-ouest de la France, Bastien a grandi face à l’océan atlantique.

Surfer enthousiaste, sauveteur, bodysurfer, il suit en parallèle un cursus scientifique après son baccalauréat. La découverte d’un appareil photo argentique appartenant à son père fait basculer le cours de sa vie. Il délaisse la musique qu’il pratiquait depuis l’enfance pour se plonger intensément dans la photographie. Il y trouve le moyen de transcender sa passion pour l’océan et les grands espaces. S’ensuivent alors pour lui des années de voyages au quatre coins de la planète à la poursuite de « sa » blue note. Un chemin qui conduit Bastien au cœur de situations extrêmes en compagnie des personnalités les plus engagés du monde des sports « outdoor ».

Les clichés rares qu’il parvient à ramener ne le détourne pas pour autant du « studio » dans lequel il approfondit son goût pour la technique et la maîtrise de la lumière. Paysages, Action, Portraits ou Lifestyle, Bastien est un photographe exigent et accompli, un explorateur authentique et infatigable en quête de nouveaux horizons. 

http://www.bastienbonnarme.com
http://bastienbonnarme.tumblr.com
https://www.instagram.com/bastienbonnarme

 

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