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Actualités Publié le 21 juin 2019

Focus expo : Sentinelle par Esther Segal

C’est une oeuvre exigeante et empreinte de mystère que celle d’Esther Ségal, mais aussi, et surtout, une oeuvre lumineuse – la trace d’une réflexion qui chemine, qui tend vers l’essence de la photographie comme vers celle de la création.
A l’occasion de son actuelle exposition, Sentinelle, nous avons pu échanger quelques mots avec cette artiste singulière pour parler de spiritualité, de symbolisme, et, surtout, de photographie…

 

Depuis plusieurs années, votre démarche se construit autour de ce que vous appelez une ‘écriture de lumière’. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

Esther Ségal : Mon travail est intimement lié à la définition de la photographie qui, étymologiquement, signifie « écriture de lumière ». Une étymologie qui m’a tout de suite intriguée : pourquoi nous parle t’on d’écriture alors que nous ne montrons que des images ? Qu’est ce que la photographie finalement ? J’ai donc débuté une recherche qui visait à repousser les limites visuelles de ce médium. À la manière des peintres de l’abstraction qui cherchaient, dans le détachement de la représentation analogique, à retourner à une essence spirituelle picturale, je me suis, à mon tour, éloignée de toute référence extérieure pour rejoindre une essence cette fois-ci photographique. 
 

Celle-ci s’est manifestée d’abord par un point de lumière net surgi d’une photographie volontairement devenue floue, agrandie jusqu’à montrer la constellation de milliers de grains noirs lumineux qui la constituent. Voyant cela, j’ai compris que j’étais arrivée à une limite de la photographie, plus exactement un mur pointilliste qu’il me fallait dépasser pour continuer ma création. J’ai donc décidé de noircir entièrement ma surface photographique à la lumière (exposer tous les grains d’argent) et de créer ensuite ma propre « écriture de lumière ». J’ai repris le point net engendré par la photo en le répétant à ma manière, à l’aide d’une pointe métallique, en relief au dos de ce mur noir. Un point, puis deux, puis des dizaines m’ont permis ainsi de mettre en place une « écriture de lumière » personnelle surgie du papier noir et de mettre aussi en avant un geste photographique minimaliste souvent mis de côté. 
 

Cette écriture de lumière est devenue peu à peu un questionnement religieux. Sans m’y attendre, le support travaillé de gauche à droite montrait, une fois retourné, une écriture à lire de droite à gauche. Cela posa naturellement la question de l’identité religieuse : après avoir quitté une représentation ressemblante, figurative, liée au christianisme, j’étais face à une approche de la lecture judaïque. Devant cette réflexion, j’ai décidé d’axer une grande partie de ma recherche artistique sur cette idée, en faisant du point ce souffle qui anime la lettre hébraïque. J’ai réalisé des travaux proches des textes sacrés. À un moment, j’ai eu besoin de réunir ces deux mondes, juif et chrétien, et de retourner à une forme d’icône entre image et écriture. D’où les réalisations que je présente aujourd’hui dans cette exposition comme un entre-deux monde qui réconcilie ces deux versants. 

 

En effet, vous présentez des images de nature qui se combinent à cette ‘écriture de lumière’…

Esther Ségal : Cette exposition personnelle s’appelle « Sentinelle », comme un gardien qui veille sur les lieux de passage entre deux rives tout en nous montrant que nous avons peut-être trouvé quelque chose. J’aime bien cette idée ! Y seront présentés des travaux photographiques que je nomme en l’occurrence « Flou/ Net », interrogeant notre perception visuelle en donnant à voir soit des images nettes rendues floues par l’écriture pointilliste, soit des images nettes rendues floues par cette même écriture. Une réversibilité de la perception qui me fascine énormément. Par ces réalisations, je reviens à la lisière du visible et de l’iconoclasme. Cette transition entre image et écriture me permet d’explorer des univers plus oniriques, symboliques et poétiques. 

Je présente aussi la série « Lame de fond » (ci-dessous), un clin d’œil aux lames de tarots, transportant le spectateur dans la rêverie qui lui appartient. C’est une évolution visuelle d’un état d’âme, qui appartient à celui qui regarde et le construit même si les images réalisées représentent un instant particulier déterminé. 

 

 

Les arbres sont omniprésents… 

Esther Segal : Ma passion pour les arbres remonte au premier jour où j’ai tenu un appareil photographique dans les mains ! Je suis très attachée aux éléments de la nature et aux archétypes qu’ils représentent. Je passe mon temps à travailler sur les arbres, les oiseaux, les nuages, le ciel. Ces sujets, par leur symbolisme, traversent depuis toujours mon monde, et je n’arriverai sans doute jamais à les quitter. Ils sont comme une échappatoire et un rêve éveillé. Ils vont de pair avec mes « écritures de lumières » dont ils partagent, par leur présence immuable, la même force de révélation qui nous ramène à nos origines, à une forme d’éternité dans la mouvance de l’histoire. Les photographier c’est photographier une certaine immortalité, et je trouve cela bien car la photographie a souvent été associée par les théoriciens à une pulsion mortifère. J’essaye de faire en sorte que mes travaux échappent à la mort. L’écriture plastique, le côté vibratile qu’elle engendre, comme si les points se déplaçaient parfois dans les images, donne de la vie, et cela me plaît beaucoup. J’avais envie de travailler sur le devenir en photographie et non sur la trace et le temps qui n’est plus. 

 

Quelle place occupe exactement la spiritualité dans votre travail ?

Esther Segal : Sans éducation religieuse, je me suis retrouvée happée malgré moi par cette approche du monde et j’en ai fait une force. Faire de la photographie, ou plutôt « écrire à la lumière », s’est révélé être une expérience sensible quasi-mystique, comme si, dans le geste minimaliste de pointer une « lettre de lumière », je retournai à une forme d’ascèse visuelle et une part d’invisible cachée derrière les images. Depuis, j’ai gardé cette ligne de conduite artistique et mes créations cherchent à rassembler la somme de chemins empruntés par chaque culture pour tenter de les rassembler et de leur rendre hommage – photographiquement parlant.

 

SENTINELLE, Esther Segal

2.13 PM

2, allée des Robichons
78170 La Celle Saint Cloud

Tous les jours sur rdv au 06 15 18 14 24
Jusqu'au 19 Juillet

 

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