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En photo Publié le 20 octobre 2016

Gueule d’Ange – Numéro 43 – Lo Bricard

Les photos de Lo Bricard sont faîtes de bruit et de liberté. Ce sont des images d’intranquillité et d’inconfort. Le cadre est maitrisé, diablement photographique, toujours à la limite du déséquilibre, invitant le hors champ, provoquant l’accident, de lumière ou de surface. Les contrejours, le grain, les flous, les trames et autres effets sont tangibles mais jamais systématiques. Et puis il y a le noir et le blanc, libéré des couleurs, mais aussi des gris, qui se raréfient. Un noir et blanc binaire, contrasté, exsangue et musical. Lo Bricard n’agence pas, n’ordonne pas.

 

Les voix de l'humanité
 

Laurent Bricard est né à Valenciennes et vit dans la banlieue lilloise. Il a découvert la photographie à l’adolescence, avec l’argentique son père, puis l’a oubliée. Des études, une vie professionnelle bien réglée, c’est il y a seulement 7 ans, certainement grâce au numérique et à la quarantaine approchant, qu’il la redécouvre et se lance avec fulgurance dans une pratique quasiment quotidienne. Fuji X100 ou Ricoh GRD III, petits appareils compacts et performants, équipés d’un objectif équivalent au 35 mm, toujours à portée de main, il pratique une photo instinctive, rapide et précise, comme un lien spontané entre lui et les autres. Jamais volée, sa photographie accompagne la relation. Les gens, il les aime, sans a priori, dans leur humanité.

« J’ai commencé par photographier en couleur, surtout les paysages de ma région, le Nord Pas de Calais. Pendant la première année, Je me suis cherché. J’ai sur-saturé les couleurs, multiplié les effets, jusqu’à m’apercevoir que la couleur était de trop, qu’elle freinait la spontanéité de mes images. Je ne renie absolument pas ce travail qui a été plusieurs fois exposé, mais il est très éloigné de ce que je fais maintenant. » Ce style si particulier qui caractérise désormais ses images, il le doit beaucoup, et ne le cache pas, à sa découverte du travail d’Anders Petersen, photographe suédois qui, lui aussi, a choisi le noir et blanc et n’a d’intérêt que pour l’humain.

 

 

« Il me fallait ce temps de réapprentissage du médium, que j’avais pratiqué du temps de la chambre noire, pour trouver mes marques et le mettre au service de qui je suis, de mes envies et de ma spontanéité. Ma photo est instinctive et exclusivement dirigée vers l’humain, à 100% ! Je ne passe plus des heures sur Photoshop. J’applique les scripts de grain et de contraste que j’ai longuement testés et qui désormais définissent mon écriture. Seul le moment de la prise de vue compte. C’est un déclic à l’instinct, c’est une rencontre, un sourire, un cri, un partage. »

Ce style, il le met à l’épreuve, en 2014, lors d’un voyage au Cambodge, longue traversée solitaire de 1600 km, qui donnera naissance à un livre édité par Corridor Elephant. Il diffuse largement ses photos sur le net, principalement Facebook sous le titre « Photos by Lo » et sur le webzine «Visons Libres » et l’éditeur numérique Corridor Elephant. Puis c’est la rencontre avec Jean-Patrick Capdevielle qui apprécie autant les images « très rock » que le personnage, spontané, direct et aimable. Il lui fait confiance.

« C’est une belle rencontre qui m’a permis de confronter mon univers et mon écriture au monde professionnel. J’ai fait les photos qui ont accompagné la sortie de son dernier disque : intérieur de pochette, livre et expo. J’ai rencontré à cette occasion les autres photographes engagés dans cette aventure, Scarlet Page et Catherine Beudaert, et découvert que mes portraits « vifs et granuleux » avaient leur place aux côtés des leurs. » Après Capdevielle, c’est Christophe Marquilly, membre fondateur des Stocks, puis Philippe Deyrieux, du groupe Montparnasse, ou encore le jeune groupe de rock 20’ TO LIVE qui lui confient les photos de leurs prochains albums.

 

Strange Fruit, le premier opus papier

 

L’aventure continue avec l’éditeur Corridor Elephant qui cette fois passera à l’édition papier pour diffuser le recueil des plus belles photos de rues de Lo. Le projet est passé par le crowfunding de KissKissBankBank et la séduction a opéré, le double de la somme a été atteint en moins de 33 jours. Le livre comptera une centaine de pages, moyen format et bichromie. Cette fois, les noirs de Laurent Bricard auront l’épaisseur et la profondeur de l’encre. Ses photos, vives et bruyantes, qui se complaisent de la luminosité agressive des écrans, sauront-elles s’affirmer sur papier glacé ? Un défi que relève l’éditeur du net.

 

La reconnaissance du laboratoire parisien

 

« Je connaissais le laboratoire Négatif+ de renommée, mais je n’étais pas client, car trop éloigné. J’ai découvert le lieu et apprécié la qualité des travaux lors de l’exposition Jean-Patrick Capdevielle. Tous les tirages exposés, des trois photographes, étaient réalisés par Négatif + et la qualité était irréprochable, dans le sens où elle répondait exactement à nos attentes, notamment pour moi, dans l’intensité du contraste et les rapports très particuliers qu’entretiennent les noirs et les blancs dans mes images. J’ai aussi apprécié l’ambiance à la fois sérieuse et très décontractée !»

Nils Sidse.

 

Numéro 43, spécial Lo Bricard


Gueule d'Ange / numéro 43

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